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Un Tsigane russe à Paris. En compagnie de
Petia Iourtchenko, voyagez au
pays de l’âme tsigane.
Un tsigane sans cheval, c’est comme un oiseau sans
aile » clame fièrement Petia Iourtchenko.
Yeux
noirs, une fine moustache tracée, les cheveux à la diable,
il grille cigarette sur cigarette.
«
Dans la culture tsigane, le cheval est important comme la route, le
chemin. Le père transmet à son fils son savoir. Quand tu
ouvres la bouche d’un cheval, tu regardes ses dents et tu sais son
âge ».
UN TSIGANE COSAQUE
En
Russie, Petia voit le jour à Don en 1957. A sa naissance son père
arrête le nomadisme et décide de rester sur place.
«
Les gens faisaient la queue à la maison pour connaître leur
avenir, ma mère était drabarka,
(diseuse de bonne aventure) ».
Dans la famille de 9 enfants
tout le monde chante, seul Petia deviendra artiste. Il suit l’institut
théâtral de Moscou et est engagé au théâtre
Romen (tsigane) où il est à la fois comédien,
danseur et chanteur. Ce théâtre dirigé par Nikolaï
Slitchenko est le premier théâtre tsigane créé
à Moscou en 1936. Le deuxième, le théâtre Phralipen (fraternité) se trouve en Allemagne et le troisième
Romathan (le lieu des Tsiganes)
en Slovaquie.
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LES TSIGANES DE RUSSIE
Au
XIXème siècle, des musiciens errants venus de
Moldavie forment le premier ensemble tsigane connu, celui d’Ivan
Trofimov sous la protection du comte Orlov. Leur popularité
exceptionnelle s’étend rapidement. Chaque noble de
Catherine de Russie veut avoir ses tsiganes. Les princes
Potiomkine, Zoubov, et Zorine créent des choeurs fameux.
Chaque ville voit naître un quartier tsigane : Grouzini
à Moscou, Peski (sur la rivière noire) à
Saint-Pétersbourg.
Les
Russes redécouvrent leur folklore en écoutant les
Tsiganes. Leurs chansons interprétées avec frénésie
comme jamais ils n’auraient pu l’imaginer, touchent droit leur
coeur. Henri Troyat s’exprime par la bouche d’Alexandre
Vassiliévitch :
«
Un vrai russe est prêt
à dépenser sans compter pour entendre de belles
chansons tsiganes. Elles exaltent tour à tour sa mélancolie
et sa gaité. Elles le font sortir de lui-même.
C’est cela qui est important. Un homme qui ne sait pas, de temps
à autre, sortir de lui-même, est aussi à
plaindre qu’un prisonnier dans un cachot ».
De
nombreux écrivains russes les célèbrent :
Pouchkine dans son poème les
Tsiganes, Tolstoï dans sa pièce de théâtre
Le cadavre vivant où passe un choeur tsigane. Sans
oublier Gorki dans Makar
Tchoudra.
En
1861, le servage est aboli en Russie, tous les Tsiganes sont
libres.
Après
1917, beaucoup d’entre eux restés dans le pays seront
exterminés par Staline. Les grandes dynasties de musiciens
et les artistes liés à la noblesse émigrent.
La plupart se retrouve à Paris. Le premier cabaret russe Au Château Caucasien s’ouvre dans « le triangle sacré
» de Pigalle en 1922. La grande Nastia Poliakova accompagnée
de son ensemble tsigane se produit avec succès. L’âge
d’or russe atteint son apogée en 1926 : un choeur réunit
pour la première fois, tous les artistes tsiganes de la
capitale.
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En
1988 avec le théâtre Romen, Petia joue pour la première
fois à Paris au théâtre Mogador. Il reviendra
dans la capitale en 1989 invité par une danseuse polonaise.
Il travaille
alors avec des musiciens dans les restaurants russes. En
particulier au cabaret Balalaïka. Ce lieu aujourd’hui fermé
oщ tous les artistes de l’Est sont passés...
Il
rencontre Pascal Deloutchek (chanteur guitariste russe) et avec
Lilia Dalskaïa (chanteuse, ex-comédienne de Moscou)
forme le trio Arbat. Arbat en souvenir de l’ancien quartier de
Moscou cher à Pouchkine.
Les
Tsiganes russes jouent des instruments suivants : guitare,
tambourin, accordéon, cymbalum, balalaïka et violon
(aussi en Hongrie, Roumanie). La guitare et le violon sont les
plus importants. Au fait, «
Pourquoi les Tsiganes jouent de la guitare près de leur
corps ? Parce qu’ils n’ont pas de place dans leur caravane ».
Petia
fonde l’association Romano Atmo (l’âme tsigane) en 1994 pour préserver
la culture, la tradition et surtout la danse tsigane. Il
s’adresse aux gadjé (les non-tziganes), les adultes et les enfants.
A
ce jour, il n’existe pas de méthode de danse tsigane. La
base tsigane est la langue, il souhaite créer une base
commune pour la danse, Europe tsigan dance. En
effet la danse tsigane a une densité propre, une couleur spécifique
que les nomades se sont transmis à travers leurs voyages.
Le peuple tsigane a traversé le monde entier, a avalé
la culture des pays parcourus et la transformée. Petia
invente une méthode de danse et la codifie par écrit.
Quelques
exemples de pas de son lexique tsigane :
Prodjape, marcher en dansant, Trapak,
trot du cheval, Mar
Psikenza, frappe avec tes épaules pour les femmes, Mar
dro vasta, frappe avec tes mains...
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Il
puise dans la tradition et l’enrichit de nouveaux pas.
Petia
danse aussi avec la couleur d’origine de son pays, la Russie. En
présence de Romano Atmo, on reconnaît le feu du
flamenco avec les jupes multicolores déployées comme
des éventails, l’ondulation de la danse orientale et les
frappés des pieds et des mains russes. La danse se veut un
hymne à la virilité et un éloge de la féminité.
Les danseuses sont toutes des gadjé à l’exception d’une Tsigane.
Elles
portent les cheveux longs, signe de fierté. Chez les
Tsiganes, une femme qui coupe sa chevelure est considérée
comme une prostituée. Il y a plus de 50 ans, si l’une
d’entre elles était infidèle, on lui coupait les
cheveux.
Petia
projette de chorégraphier les
Tsiganes de Pouchkine. Cette histoire d’amour de Zemfira et
d’Aleko, le gadjo
illustre l’esprit de liberté des Tsiganes. Ce drame
s’achève par la mort de l’héroïne et de son
amant. De nombreux rites entourent la mort chez les Tsiganes. On
enterre le défunt en buvant de la vodka. On dépose
un verre pour le mort sur sa tombe avec un cornichon malossol et
sa photo.
«
S’il s’agit d’un deuil dans la famille, on ne chante pas, on
ne danse pas, on ne se rase pas pendant un an. Petia ne peut
suivre cette coutume en raison de son métier « Je suis artiste, Dieu me pardonnera ».
Les Tsiganes ne possèdent
pas de religion propre, ils épousent celle de leur pays
d’origine, l’orthodoxie pour Petia.
Leur
culture est remplie de nombreuses superstitions. En voici un
échantillon.
SUPERSTITIONS TSIGANES
Si
tu renverses du sel, lance 3 poignées par-dessus ton
épaule pour chasser la poisse.
Si
tu renverses du poivre, le scandale arrive.
Si
tu rêves de sang, cela concerne ta famille.
Si
tu rêves d’une dent qui tombe, quelqu’un de ta famille
va mourir.
Si
tu vois un coq t’agresser, tu vas avoir affaire à la
police.
Aujourd’hui,
Petia rêve toujours en langue tsigane. Peut-être rêve
t’il à son héros préféré :
Danko. Une légende très ancienne raconte « En ce temps-là, la nuit régnait. Le peuple tsigane errait
dans le noir. Un jour, l’un d’entre eux Danko ouvre son coeur,
le prend et l’offre sur ses deux mains. Son coeur brûle et
donne la lumière. Alors il conduit son peuple vers la route
de la lumière ».
Christine
Le Goff |
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