La demographie

La mortalité en Russie

Un panorama heurté

 Comparativement aux pays occidentaux la Russie à connue une histoire démographique particulièrement heurtée liée aux évènements politiques comme en en témoigne sa pyramide des âges.

 

 

 

1 – Révolution de 1917 – 1ère guerre mondiale

2 - 1932-1933, 1936-1938 famine, crime de masse, années de la « grande terreur » , passage des classes creuses à l’âge de la fécondité

3 - Interdiction de l'avortement en 1936 et lancement de la politique nataliste.

4 – Déficit des naissances lié à la seconde guerre mondiale.

5 – Baby boom

6 – Chute de la fécondité et arrivée des classes creuses de la 2ème guerre à l’âge de la fécondité

7 – Politique nataliste du gouvernement et arrivée des classes nombreuses nées après la seconde guerre mondiale à l’âge de la fécondité.

8 – Baisse de la fécondité, effet de rattrapage, après 1981 la lancée de la politique nataliste n’avait généré q’un effet de calendrier, beaucoup de couples n’ont fait qu’avancer leur fécondité.

 

 L’évolution récente de la mortalité

 La baisse de l’espérance de vie en Russie ne date pas de 1991

 

On connaît surtout de la démographie récente l’évolution de la mortalité, porteuse de fantasmes sur la violence, la mafia et à un imaginaire facilement sollicité lié à celui…du roman noir. La forte mortalité de la Russie est facilement pensée comme ayant eu une origine brutale. Le tableau ainsi dressé est en général sous-tendu par un discours politique qui impute à l’ultra libéralisme les maux qui touchent la Russie contemporaine. Ce qui est en partie vrai…

 

Cependant, l’espérance de vie en Russie se dégrade depuis le milieu des années 60 de façon continue. Dès le départ les autorités soviétiques ont supprimé les informations concernant ces résultats, seule la période de Glastnost a permis de les rendre publiques. Si cette dégradation lente s’était régulièrement poursuivie l’on obtiendrait une situation similaire à l’actuelle. En fait la santé de la population russe s’était brusquement accrue après 1980 vraisemblablement en raison de la politique de lutte contre l’alcoolisme…Plus dure fût la chute, d’autant que les décès évités par la réforme ont pu s’accumuler par effet de rattrapage durant l’effondrement  de l’Union.

 

 

 

 Des évolutions similaires se retrouvent plus ou moins marquées dans tous les pays de l’ancienne URSS quelque soit les nouveaux choix de politique économique.

 Mortalité comparée des hommes et des femmes

 L’érosion de l’espérance de vie a beaucoup plus touchée les hommes que les femmes, l’écart d’espérance était de 8,6 ans en 1962, de 11,6 ans en 198,1 de 13,8 ans en 1994 (l’écart le plus élevé de la période). Il est revenu à 11,9 ans en 1998.

 

L’espérance de vie est de 73,2 ans pour les femmes et de 61,3 ans pour les hommes en 1998.

 

  

Bien des facteurs pour expliquer cette érosion des conditions sanitaires de la Russie ont été avancés, les bilans restent malgré tout fort flous. Les statistiques de décès par cause bien qu’ incomplète et posant de sérieux problèmes d’interprétation permettent de donner quelques éléments sur la situation.

 

Ont souvent été invoqués comme facteurs explicatifs : 

1) La pollution

2) Les maladies contagieuses

3) La violence

4) L’alcoolisme

5) La dégradation du système sanitaire (obsolescence, prix élevé des médicaments…) 

 

11   La pollution 

Le coût humain de l’écocide sera vraisemblablement élevé à terme, cependant la mortalité par maladie respiratoire…a diminué légèrement en Russie et les taux de décès par cancer ne sont pas très éloignés de ceux que l’on trouve en France actuellement. 

 

Les maladies contagieuses

Diphtérie, tuberculose, choléra, sida, typhoïde, typhus ont fortement progressés en Russie sur la période récente. Cependant, suivant les tables de mortalité, les russes ont environ 2% de chance de mourir d’une maladie contagieuse (4 fois plus qu’en Suède), les 98% des décès restant doivent donc être attribués à autre chose. 

 

 La violence

Un des facteurs les plus différenciant tant vis à vis de l’Europe occidentale que de l’ancienne Russie réside dans les morts violentes. La criminalité était déjà très forte sous l’ère Brejnev et Gorbatchvev (on peut l’estimer au double de ce que l’on observait aux Etats-Unis à la même époque), elle est aujourd’hui le double de ce qu’elle était alors…Pour les hommes en 1995 ce taux dépassait même celui de la Colombie. Les chutes et les empoisonnements sont en effet classées dans cette catégorie. Pour un américain décédant d’un empoisonnement accidentel à l’alcool il y a 116 russes à population égale en nombre. Il semblerait que beaucoup de chutes fatales, de meurtres, de suicides soient liés à une consommation d’alcool abusive. 

 

 L’alcoolisme

Un homme russe consomme en moyenne environ 600 grammes d’alcool par jour ce qui correspond à 5 bouteilles de Vodka  par semaine. Hommes et femmes confondus la moyenne se situe à 400 grammes jour.  Ceci explique en partie la cause de mortalité la plus directement  identifiable :  les accidents cardio-vasculaires (infarctus apoplexie). Les dépressions nerveuses, la consommation abusive de tabac sont, bien sûr, associées à ce facteur. Pour être tout à fait exact les maladies cardio-vasculaires ont un impact 2,7 fois supérieur à celui des morts violentes sur la mortalité générale.

 

 La dégradation du système sanitaire et social 

La couverture sanitaire a globalement baissée depuis 1991.

Les systèmes de santé privés récemment mis en place restent inaccessibles aux groupes de populations les plus vulnérables.
A Moscou, où la vie est sensiblement plus chère qu’en province, les personnes âgées, doivent affronter un quotidien très difficile, avec de maigres retraites. Isolées physiquement et psychologiquement, la crise financière d’août 1998 a renforcé leurs difficultés d’accès aux soins : insuffisance de revenus, prix des services, absence de véritable structure d’hospitalisation et de soins à domicile, manque de médicaments gratuits…
Il reste cependant clair que la morbidité à l’œuvre dans la population russe est liée à des comportements enracinés dans la culture et dont l’accroissement est favorisée par l’irruption de ce nouveau temps des troubles.                                                                                                                                                                                  

Ce constat dépasse de loin celui d‘ un simple échec du secteur de la santé publique qui ne joue vraisemblablement qu’un rôle aggravant.

 

 

La population russe entre espoir et déclin 

Le raccrochement récent de l’espérance de vie russe sur la tendance passée signe au moins un premier répit pour la population.  

Que la dégradation soit régulière depuis les années 60 est un fait sans précédant dans un pays développé ce qui laisse peu de marge de manœuvre pour une amélioration à l’avenir. 

Les mouvements qui animent le renouvellement d’une population sont mortalité, fécondité et migrations :

 Après les retours de populations russes des autres états de l’Union et des pays de l’ex rideau de fer, le peu d’espoir de rattrapage des conditions sociales et sanitaires sur les pays occidentaux laisse à présager un excédent  des émigrations sur les immigrations particulièrement pour les populations les plus jeunes et les plus formées, grevant ainsi le développement économique à long terme. 

La fécondité  de la Russie s’est amenée au niveau de celle des autres pays du bloc de l’est. Elle est actuellement de1,2 enfant par femme, soit le niveau de l’Espagne et de l’Italie. 

Actuellement les décès en Russie sont excédentaires sur les naissances, entraînant une décrue de la population de 700 000 personnes par an. 

La Russie compte aujourd’hui 147 millions d’habitants ; en suivant les tendances actuelles elle compterait 138 millions d’habitants en 2025.

Fabien COUPRIE 

 

Repères et points de comparaison : 

Les espérances de vie en Russie aujourd’hui sont inférieures à celles de Pays comme le Paraguay et le Mexique.

Il y a dix ans d’écart entre l’espérance de vie des hommes russes et celle du reste de l’Europe.

L’espérance de vie des hommes est inférieure de 8 ans à celle que l’on observe en Chine, l’espérance de vie des femmes étant égale.

En fédération de Russie dans les conditions actuelles 40% des garçons âgés de 15 ans ou plus atteindraient l’âge de 65 ans, contre 80% en Australie. 

Le taux de mortalité par mort violente des femmes russes est supérieur à celui des hommes américains.

Un bébé né en Russie en 1995 à une chance sur quatre de mourir de mort violente contre une sur trente au Royaume Uni.

Dans les années 80 les inégalités sociales face à la mortalité infantile en Russie étaient les mêmes que celles que l’on pouvait observer aux Etats-Unis dans les années 50.

 

 

Références 

Nicholas Eberstadt « Russie l’inévitable déclin », Futuribles n°252 Avril 2000

Michel Louis Lévy « Tous les pays du monde 1999 », Population & sociétés n°348 Juillet Août 1999

 

Alexandre Avdeev sur :

http://census.ined.fr

   

 

 

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